C’est un changement fondamental qui s’opère dans la façon de penser le numérique, au sein de la SNCF comme ailleurs. Là où, depuis les années 2000 au moins, la doctrine semblait être « plus il y en a, mieux c’est », on assiste désormais à une réflexion de sobriété affectant l’ensemble de la chaîne de production numérique. A-t-on vraiment besoin de ce matériel informatique ? Peut-on consommer moins de données, de puissance de calcul ? Et après l’utilisation, que faire de ce qui ne sert plus ?

Avant même la mise en place de nouveaux trains, il y a l’application QUALESI, qui « aide à la prise de décision pour préparer l’arrivée des nouveaux trains bas carbone chez SNCF » en permettant de simuler leur circulation au sein du réseau ferré en fonction de leur technologie de traction, explique Fabien Agnus, data scientist chez ITNOVEM, filiale SNCF. Côté SNCF Voyageurs, le groupe ferroviaire a développé une application baptisée Carbon Tracker qui permet de réaliser un bilan carbone de mobilité basé sur la géolocalisation, afin de mesurer l’impact climatique de ses déplacements et de choisir les moyens de transports les plus écologiques.

Rendre possible la sobriété numérique

Pour pouvoir diminuer la consommation électrique des trains, l’un des postes de dépense les plus importants pour SNCF, il faut d’abord savoir exactement combien on consomme. « L’application ORES permet une estimation de la consommation des trains en fonction des données de circulation pour les engins non équipés de compteur. Elle doit rendre possible un meilleur achat d’électricité par les entreprises ferroviaires de leur énergie pour la traction » détaille Étienne Sourdille, expert scientifique Synapses pour SNCF Réseau.

Après la phase de conception, après l’utilisation de l’objet, il reste la phase de tri ou de réutilisation, souvent un angle mort des politiques de sobriété. La SNCF va mettre en place une aide au tri en gare assistée par la vision par ordinateur. Comme raconte Laurie Espinosa, de Gares et Connexions : « Nous utilisons l’intelligence artificielle, et notamment la vision par ordinateur pour inciter les utilisateurs de nos gares à trier mieux et davantage leurs déchets ». À l’échelle des 3 000 gares SNCF de France parcourues par quatre millions de voyageurs quotidiens, l’impact est conséquent. Quant au matériel informatique obsolète utilisé par SNCF, il ne finira pas dans une décharge. « Quand on peut alimenter massivement l’économie circulaire, en s’appuyant sur des emplois solidaires, tout en soutenant financièrement des associations pour l’inclusion numérique ou la sauvegarde de l’environnement, c’est une belle incarnation du concept de numérique responsable ! » proclame Antoine Houlgatte, porteur du projet « Pour un numérique engagé » chez SNCF.