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La technologie Kubernetes au service de l’autonomie stratégique ferroviaire

Récompensée récemment par la prestigieuse Cloud Native Computing Foundation pour son déploiement de la technologie Kubernetes, l’équipe « Cloud Native » du Groupe SNCF transforme en profondeur l’infrastructure du géant ferroviaire. Entre autonomie stratégique, déploiements éclairs et serveurs embarqués dans les TGV, plongée dans les coulisses d’une mutation technologique d’envergure. 

Publié le

Par La Redaction

Le Groupe SNCF ne se contente plus de faire rouler des trains. Il orchestre également une infrastructure informatique massive et complexe, véritable système nerveux des activités ferroviaires du Groupe 

Aujourd’hui, le Groupe gère un patrimoine impressionnant d’environ 2 000 applications 

Les applications les plus sensibles, manipulant des données critiques ou des systèmes trop stratégiques sont maintenues au sein des infrastructures propres à la SNCF, notamment dans les centres PA3 et PA4 gérés avec Equinix. Mais opter pour de l'hébergement interne ne permettait pas de disposer des dernières innovations des hyperscalers.

Thomas Comtet, Head of Cloud Native Solutions au sein de la DSI de e.SNCF Solutions

Pour éviter ce décrochage technologique, la SNCF a dû transformer ses centres de données physiques en véritables “clouds privés” capables d’offrir le même niveau de service que les hyperscalers américains. 

Le virage technologique : L’ère des conteneurs et de Kubernetes

Photo : scott-rodgerson – Unsplash

Pour relever ce défi, la SNCF a misé sur les technologies “Cloud Native” telles que Docker et Kubernetes, nées dans le cloud à partir de 2012. S’inscrivant dans la continuité des technologies de virtualisation, Docker permet de “packager” une application avec tout ce dont elle a besoin pour fonctionner de manière isolée tandis que Kubernetes agit comme le chef d’orchestre, capable de démarrer, d’arrêter et de surveiller ces milliers de conteneurs en temps réel. 

Photo : scott-rodgerson – Unsplash

Ce pivot technologique s’est opéré en plusieurs étapes. Dès 2018, les premières infrastructures Kubernetes ont vu le jour sur le cloud public. Mais c’est en 2023 que le saut qualitatif a été franchi côté data center avec une refonte complète basée sur OpenStack et une distribution Talos Linux 

L'objectif était clair : fournir une couche d'abstraction permettant aux développeurs d'utiliser des ressources (réseau, stockage, calcul) de manière totalement automatisée, sans avoir à connaître les détails complexes du matériel sous-jacent.

Yann Rotilio – Lead Cloud Native Engineer au sein de e.SNCF Solutions

Des gains de performance spectaculaires

L’adoption de ce nouveau standard technologique a radicalement transformé l’efficacité opérationnelle des DSI. Là où il fallait autrefois un mois pour livrer une nouvelle infrastructure complète et qualifiée, il ne faut aujourd’hui que deux heures. En l’espace de six mois avec la nouvelle plateforme, les équipes ont produit 25 infrastructures Kubernetes, soit deux fois plus que ce qui avait été réalisé péniblement en quatre ans avec la version précédente. 

12x plus rapide

C’est le rythme de production des infrastructures Kubernetes avec la nouvelle plateforme : 25 en 6 mois contre 25 en 4 ans auparavant.

2 heures

c’est le temps nécessaire pour livrer une infrastructure complète et qualifiée, contre un mois auparavant.

Au-delà de la vitesse, c’est la capacité de mise à l’échelle (scalabilité) qui impressionne. À la SNCF, l’activité informatique suit les pics de circulation des trains : le matin, à midi et le soir. Grâce à Kubernetes, les infrastructures sont désormais “élastiques” : elles augmentent automatiquement leur capacité en CPU et RAM pour absorber la charge, puis la réduisent en période creuse, permettant une réduction de la consommation d’énergie mais également une optimisation financière comparable à celle du cloud public. 

Enfin, la sécurité a fait un bond de géant. Dans un contexte de pression cyber constante, la nouvelle plateforme permet de garantir que tout le parc est patché en permanence.  

Kubernetes à 300 km/h : l'informatique de bord se réinvente

L’un des défis les plus impressionnants reste l‘« Edge Computing » : amener la puissance du cloud au plus près du terrain, directement dans les trains, grâce à des ordinateurs durcis et capables d’accueillir des applications. 

Grâce à la conteneurisation, les techniciens peuvent désormais mettre à jour les logiciels de diagnostic ou de géolocalisation à distance, à la manière d’une Tesla, sans immobiliser le train. Nous gérons depuis le système d'information central des applications embarquées dans les TGV.

Yann Rotilio – Lead Cloud Native Engineer au sein de e.SNCF Solutions

Autre avantage de Kubernetes : cette standardisation permet même de développer une application dans le cloud et de la télécharger sans modification dans un centre de données ou un matériel roulant (train) 

Développeur SNCF - Photo : Yann Audic

La reconnaissance mondiale : Un prix pour l’excellence

Cette maîtrise technologique n’est pas passée inaperçue. Lors de la conférence KubeCon à Amsterdam, devant une audience de plus de 13 500 experts, la SNCF a reçu un prix prestigieux de la Cloud Native Computing Foundation (CNCF). Ce prix récompense l’excellence de la mise en œuvre de Kubernetes à grande échelle, plaçant la SNCF dans le peloton de tête mondial aux côtés de géants comme Apple, Spotify, Mercedes ou Adobe. 

L’équipe e.SNCF Solutions, lauréate du prix « Top End User 2026 » décerné par la Cloud Native Computing Foundation.

Ce succès repose également sur une culture forte de l’Open Source. Loin de se contenter de consommer des logiciels gratuits, les experts de la SNCF contribuent activement à l’écosystème. Un membre de l’équipe, Florian Blampey, est par exemple l’un des mainteneurs principaux des scripts de déploiement de Harbor, une solution critique de stockage d’images de conteneurs utilisée mondialement.  

Cette influence permet à la SNCF de peser sur les futures évolutions technologiques et d’attirer de nouveaux talents, séduits par ce niveau d’expertise inattendu dans une entreprise ferroviaire historique. 

Vers un futur hybride et l’autonomie stratégique

Outre l’attractivité, cette expertise technologique s’inscrit également dans une vision à long terme : l’autonomie stratégique. En disposant de solutions internes aussi performantes que celles des fournisseurs américains, la SNCF offre désormais une liberté de choix réelle aux décideurs des différentes S.A. du Groupe (SNCF Voyageurs, SNCF Réseau, etc.). 

L’avenir du cloud est hybride. Grâce à Kubernetes, la couche logicielle devient agnostique de l'infrastructure physique. Une application peut ainsi être développée sur le cloud public pour profiter de sa flexibilité, puis être basculée en production dans un data center souverain pour garantir la sécurité des données, de manière quasi transparente.

Thomas Comtet, Head of Cloud Native Solutions au sein de la DSI de e.SNCF Solutions.

En maîtrisant ces technologies de rupture, la SNCF ne se contente pas de moderniser son informatique ; elle se dote des outils nécessaires pour piloter son destin technologique, avec l’ambition d’être capable de doubler le volume de ses services automatisés d’ici 2030. 

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