Cadastre Vert : Comment la data et l’IA redessinent le patrimoine foncier de la SNCF
Conçu en moins d’un an en partenariat avec la filiale d’ingénierie AREP, le « Cadastre vert » est une solution géomatique qui ambitionne de cartographier au mètre près la couverture végétale et la biodiversité de l’un des plus grands patrimoines fonciers de France. Une innovation de rupture qui transforme la gestion physique du territoire en un outil stratégique d’aide à la décision face aux impératifs du changement climatique et de la transition écologique.
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Par La Redaction
Avec un domaine estimé à près de 120 000 hectares, le Groupe SNCF est aujourd’hui le deuxième propriétaire foncier de France, après l’État. Avec l’avènement de nouvelles réglementations environnementales européennes et nationales, le Groupe a désormais besoin de qualifier précisément la nature de l’occupation de ces terrains.
Cartographier le végétal
Les zones situées le long des voies, appelées « plateforme ferroviaire », sont strictement entretenues pour des raisons de sécurité. Elles correspondent à une bande de 5 mètres de chaque côté des voies. En revanche, les deux tiers restants du patrimoine foncier SNCF, soit environ 75 000 hectares, n’avaient pas encore fait l’objet d’une analyse consolidée.
Du fait des nouveaux enjeux de la transition écologique, nous avons constaté que nos données patrimoniales n'étaient pas suffisamment renseignées sur le couvert végétal.
La dynamique du vivant nécessite des outils cartographiques innovants relevant par exemple de la géomatique. SNCF Immobilier a fait le choix de développer avec AREP une méthodologie permettant à terme de normaliser ces analyses complexes à toutes les échelles, du projet à l’échelle de l’Hexagone.
Un cadastre à l’échelle métrique et submétrique
Sur le plan technique, le Cadastre vert s’appuie sur une méthodologie rigoureuse. La matière première provient de COSIA (Couverture du Sol par Intelligence Artificielle), une base de données de l’IGN qui traite des images satellites par apprentissage automatique pour classifier chaque pixel (bâtiments, piscines, sols nus, végétation haute ou basse).
Cependant, la donnée brute présente des limites géométriques : contours de bâtiments ovalisés, mauvaise interprétation de la réflectance de certains bassins de rétention assimilés à des surfaces imperméables. Pour corriger ces biais, l’équipe projet de SNCF Immobilier a développé une méthode de requalification.
Nous croisons la donnée brute avec des référentiels vectorisés précis au centimètre près tels que la BD Topo de l’IGN ou OpenStreetMap…
Les données d’OpenStreetMap qualifient les routes, la base de données Topo de l’IGN sécurise l’emprise des bâtiments, et la base de données Forêt de l’IGN, couplée aux calculs d’indices de télédétection, permet d’affiner les zones boisées ; d’autres bases de données géoréférencées en open data sont également mobilisées. Le Cadastre vert est unique par sa résolution métrique d’une fiabilité inégalée à l’échelle nationale et pour un aussi grand nombre de parcelles, à savoir 230 000 parcelles.
Un foncier très vaste et majoritairement végétal
L’analyse de ces couches cartographiques sous le logiciel open source QGIS a permis de donner à voir autrement la réalité des emprises SNCF qui sont ainsi qualifiables :
56 %
du foncier SNCF est végétalisé
8,4 %
du foncier SNCF est bâti
3 %
du foncier SNCF est à usage agricole
Ainsi plus de 56 % du foncier global SNCF est aujourd’hui occupé par de la végétation. Sur les zones situées à plus de 5 mètres des voies, on recense 26 % de formations arborées, 20 % de pelouses et 9 % de broussailles. Près de 3 % des emprises du Groupe sont actuellement occupées par des terres cultivées ou labourées et les bâtiments industriels, gares et locaux techniques représentent à peine 1 % des emprises foncières.
Ces données modifient profondément l'image de notre foncier ferroviaire : la SNCF contribue significativement au patrimoine paysager français.
De la donnée brute à la décision stratégique
Le Cadastre vert ne se limite pas à une performance cartographique ; il permet de répondre entre autres à des exigences réglementaires et ouvre la voie à une gestion renouvelée du foncier ferroviaire pour divers usages.
Depuis la directive européenne CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), les grandes entreprises doivent documenter leurs interactions avec les écosystèmes. Le Cadastre vert croise les données des limites cadastrales des 230 000 parcelles du Groupe avec les zonages de protection de l’environnement et de la biodiversité (ZNIEFF, Natura 2000, arrêtés préfectoraux, OLD…).
Les analyses révèlent déjà que plus de 130 000 parcelles SNCF intersectent ou jouxtent directement une zone de protection biodiversité ou de Registe Parcellaire Graphique des terrains agricoles (PAC).
A terme l’intégration de facteurs de croissance végétale dans l’outil pourrait permettre de modéliser des trajectoires de gestion foncière à long terme (30 ans). Par exemple, face à l’accélération du changement climatique, anticiper les coûts de débroussaillement des parcelles est un enjeu économique important pour le Groupe.
Vers le jumeau numérique du vivant ?
Au même titre que d’autres grands gestionnaires d’infrastructures (EDF, Vinci, ONF) le groupe SNCF est de plus en plus confronté aux problématiques de compensation écologique ou d’adaptation au changement climatique. Cependant cartographier le vivant est une gageure.
La grande complexité du vivant, c'est qu'il évolue constamment. Un jumeau numérique de bâtiment reste stable plusieurs années. Une couverture végétale change entre mars et mai.
Pour faire vivre le Cadastre vert et en faire un outil opérationnel performant, l’actualisation des données, leur fiabilisation sur le long terme et leur potentiel d’interconnexion avec d’autres base de données seront stratégiques. Le Cadastre vert dans sa version actuelle marque une étape décisive : il rend visible et possible l’accès à la donnée géographique complexe pour les acteurs opérationnels.
Entrer sur une plateforme, interroger dix communes et obtenir instantanément le taux de surface arborée pour préparer une rencontre avec des élus locaux, c’est une transformation radicale de notre posture opérationnelle.
Une donnée environnementale et technologique, que le Groupe SNCF entend en tout cas valoriser pour inscrire la résilience écologique au cœur de l’aménagement des territoires.